Le secours en montagne gratuit fait partie des symboles forts du modèle français. Pourtant, face à la flambée des coûts et à la multiplication des interventions, la Cour des comptes estime qu’il est temps de revoir ce principe historique. Chaque intervention coûte désormais près de 11 000 euros à la collectivité, un chiffre en forte hausse depuis dix ans.
Avec l’essor du ski de randonnée, du trail, de l’alpinisme et du VTT de descente, la fréquentation des massifs n’a jamais été aussi élevée. Résultat : les secours ont augmenté de 44 % en dix ans. Dans un contexte budgétaire tendu, maintenir la gratuité intégrale devient, selon les magistrats financiers, difficilement soutenable.
Explosion des coûts : l’hélicoptère au cœur du problème
Le principal facteur de hausse du coût des secours en montagne est clairement identifié : les moyens aériens. Aujourd’hui, 85 % des interventions sont héliportées. Or, la maintenance d’une flotte vieillissante a fait bondir les dépenses de 141 % depuis 2012.
Le coût moyen est ainsi passé de 8 600 euros à près de 11 000 euros par intervention. Une progression de 55 %, soit deux fois plus rapide que l’inflation. Certaines bases pourraient même fermer si les budgets ne suivent pas.
Pour la Cour, l’équation est simple : sans réforme structurelle, le modèle actuel risque de devenir intenable.

Trois forces, une organisation jugée inefficace
Autre point noir : l’organisation des secours. Aujourd’hui, trois unités interviennent :
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Les pelotons de gendarmerie de haute montagne (PGHM)
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Les CRS Montagne
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Les groupes montagne des sapeurs-pompiers
Cette coexistence est qualifiée de peu rationnelle, avec des doublons et parfois une sous-activité dans certains massifs. Déjà en 2012, la Cour recommandait une force unique du secours en montagne. Quatorze ans plus tard, elle réitère sa position.
L’objectif : mutualiser les moyens, réduire les coûts et améliorer la coordination.

Faut-il facturer les secours en montagne ?
C’est la proposition la plus sensible du rapport : facturer totalement ou partiellement les secours hors domaines skiables d’ici 2028.
Plusieurs scénarios sont évoqués :
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Modèle italien : facturation uniquement si la victime est indemne.
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Modèle suisse ou autrichien : paiement systématique, avec assurance recommandée.
La Cour reconnaît que la facturation ne garantit pas une baisse des accidents. Mais elle estime difficile de maintenir le statu quo alors que chaque intervention dépasse 10 000 euros.
Cette mesure viserait aussi à responsabiliser les pratiquants, notamment face aux comportements imprudents ou aux appels abusifs.
La prévention : le levier oublié
Réduire les coûts passe aussi par la prévention des accidents en montagne. Or, les moyens alloués restent très faibles : environ 100 000 euros par an, contre plus de 16 millions pour la sécurité routière.
Pourtant, en 2024, la montagne a compté 5 482 blessés et 266 morts. Mieux informer, former et sensibiliser pourrait permettre de limiter les interventions les plus évitables.
La prévention apparaît ainsi comme un investissement stratégique plutôt qu’une dépense.
La remise en cause de la gratuité du secours en montagne touche à un principe profondément ancré dans la culture française. Mais face à l’augmentation des accidents, à l’explosion des coûts et aux contraintes budgétaires, la Cour des comptes estime qu’une réforme est désormais nécessaire.
Facturation partielle, modèle assurantiel, force unique : les pistes sont sur la table. Reste aux pouvoirs publics à trancher d’ici 2028.
Une chose est certaine : la montagne restera un espace de liberté. Mais demain, cette liberté pourrait avoir un prix.
Source : Le Dauphiné
Date de mise à jour : 11/03/26
Date de création : 11/02/26